Deux lectures, simultanées, sur deux sites qui n’ont rien à voir, des souvenirs de commentaires sur notre site, d’un livre remarquable sur l’histoire des accoucheuses et, brusquement, une colère qui monte devant ce mépris généralisé de la douleur féminine. Y compris par les femmes elles-mêmes, y compris au risque de leur santé.

Une femme, c’est fragile, c’est sensible, ça a ses vapeurs, bref, ça a mal pour rien, c’est dans la tête, c’est une hystérique, ça doit enfanter dans la douleur, ça ne sait pas se maîtriser, d’ailleurs on dit bien “femmelette”.

Eh non, tous ces clichés qu’on croirait d’un autre âge, qu’on n’oserait plus exprimer à voix haute on encore cours, de façon insidieuse. Même chez ceux qui devraient en être le plus dépourvus, les médecins.

Les règles douloureuses

En ce qui concerne les règles, on est passé d’un extrême à l’autre. Il y a à peine un siècle, on confinait les jeunes filles et les femmes chez elles, assimilant la menstruation à une maladie.

Reconnaissant enfin que les règles étaient une fonction naturelle du corps féminin, qu’elles n’avaient pas plus de raisons de l’affaiblir, d’être douloureuses ou de changer l’humeur d’une femme que la transpiration ou le fait d’uriner, on est passé à l’extrême inverse : les règles qui font mal, c’est du chichi, c’est dans la tête, et il suffit de ne pas s’écouter pour que ça passe.

Une femme avec ses mains qui forment un coeur, sur son abdomen

Règles douloureuses : ça se soigne !

Oui mais non… parce qu’une “fonction naturelle non pathologique” du corps n’a aucune raison de faire mal.

Si vous avez mal quand vous respirez, vous avez un problème aux bronches, une côte cassée, ou un problème cardiaque qui s’annonce. Si ça fait mal quand vous marchez, vous avez des courbatures, une mauvaise posture, un problème de dos, etc.

Donc, si ça fait mal, c’est qu’il y a un problème. Les règles douloureuses, qu’on appelle dysménorrhée, sont un problème très répandu.

Environ 75% des femmes ont ou ont eu, à un moment, des règles douloureuses. Et ce n’est pas parce que cela touche beaucoup de monde, encore une fois, qu’il faut ne pas le soigner. Le rhume aussi, touche tout le monde, tout le monde a de la fièvre.

Selon les causes, il existent différentes façon de traiter ce problème. Une femme peut aussi, à juste titre, considérer que la douleur est suffisamment légère pour être supportable, sans prendre de médicament. Cela doit rester son choix, pas celui d’un médecin qui l’accuse de sensiblerie et de faiblesse.

Surtout, il ne faut pas oublier l’endométriose. Il s’agit d’une véritable pathologie, où le tissu de l’utérus, l’endomètre, se déplace en dehors de ce dernier. Il va suivre le cycle menstruel, sans pouvoir être évacuer via les règles, causer des douleurs, voire des lésions. Selon l’endroit où ce tissu migre, il peut même menacer la fertilité.

Or l’endométriose fait partie des maladies méconnues des gynécologues, à tel point qu’une journée de sensibilisation annuelle est organisée, pour améliorer la prise en compte de la maladie.

Schéma détaillé de l'appareil génital féminin avec endométriose

L’endométriose est le dépôt hors de l’utérus des tissus de l’endomètre

Que cela vienne du médecin lui même, qui mettra en avant des problématiques psycho-somatiques avant d’avoir fait le tour des causes physiques, ou des femmes qui s’auto-censurent, les règles douloureuses ne sont pas “normales” et peuvent souvent être traitées.

Les relations sexuelles douloureuses

C’est le même phénomène pour les relations sexuelles douloureuses, bien amplifié encore par la difficulté de nombreuses femmes à parler ouvertement de ces problèmes à leur médecin.

Dans de nombreux cas, la douleur des rapports sexuels provient d’une mycose ou d’une infection, qu’il va falloir simplement traiter. Avec déjà, la problématique du tabou ou de la gêne en cas de MST “mais comment j’ai attrapé ça”.

Dans la plupart des cas, une fois la candidose ou l’infection traitée, la douleur disparait.

Quand elle ne disparait pas, il y a le plus souvent, au départ, une cause physique, qui va être compliquée par des causes psychologiques, la douleur faisant que la femme se contracte, parfois jusqu’au vaginisme.

Dans un lit, un couple se tourne le dos

Les rapports sexuels douloureux apportent leur lot de problèmes psychologiques

Il devient alors compliqué pour le praticien manquant d’expérience de faire la différence entre la cause primaire, physique ou psychologique, et ses conséquences psychologiques.

Le traitement des mycoses à répétition doit poser la question de la vestibulodynie, une inflammation de la vulve qui est douloureuse ET qui facilite les mycoses. Les douleurs plus profondes peuvent avoir des causes variées, y compris une endométriose.

Or, par manque d’expérience ou par facilité, certains médecins préfèrent s’en tenir aux explications simples (manque d’hygiène ou de précaution lors des rapports sexuels, ou troubles psycho-somatiques), sans chercher la cause réelle de ces douleurs. Et les femmes n’osent pas insister.

Chez le gynécologue, justement

Si la méconnaissance de certaines pathologies complexes explique – sans réellement l’excuser – des diagnostics à côté de la plaque, que dire des petites et moins petites maltraitances auxquelles les femmes sont régulièrement confrontées ?

Les langues se sont déliées contre la pratique abusive du point du mari, mais qui ira faire campagne contre un speculum introduit sans douceur ? Contre des examens où le médecin demande à sa patiente de se dénuder sans que cela soit nécessaire ? Contre les pressions psychologiques exercées contre les femmes qui demandent à bénéficier d’un IVG ? Le refus d’anesthésie, ensuite, en pratiquant celui-ci, quand l’interruption médicamenteuse n’est pas possible ?

Une femme fronce les sourcils et ferme les yeux de douleur

Face aux pratiques médicales douloureuses, la femme est démunie

Le pire est que ces maltraitances ne sont pas infligées que par les hommes. Des femmes aussi les pratiquent, sans compassion, devenant une “machine à soigner” au lieu d’un médecin.

Le mépris de la douleur ne concerne pas que les femmes…

C’est ce que prouvent les très nombreux commentaires sur notre article sur la douleur au coccyx, où de très nombreux patients et patientes se font refuser les soins qui peuvent les guérir, sous le prétexte qu’il n’y a “rien à faire”.

La France ne fait pas partie des pays les plus avancés en ce qui concerne la prise en compte de la douleur et les soins contre la douleur. En dehors des programmes spécifiques de soins palliatifs, la douleur est souvent considérée comme un mal inévitable – ce qui est partiellement vrai.

Cela ne veut pas dire qu’il faut se décourager quand un médecin vous dit qu’il n’y a rien à faire ou que c’est “dans la tête”. Le plus souvent, des solutions existent. Il n’y a pas que la recherche sur les maladies rares, de nombreux progrès, beaucoup moins médiatisés, concernent les maladies du quotidien. Un médecin doit se recycler en permanence, pour pouvoir en faire profiter ses patients ou les orienter vers le bon spécialiste.