De la politique sur Médic Actu ? Eh bien oui, un peu, mais n’est-ce pas normal après tout ? La santé, les mutuelles, même les médicaments disponibles sur le marché sont étroitement liés à des décisions politiques. La santé est un secteur où le libéralisme souhaité par les grands laboratoires et l’édiction de normes, entre les différentes conceptions de ce que doit être un système d’assurance sociale, la politique est omniprésente dans le domaine de la santé. Celui-ci est de fait devenu un des domaines “régaliens”, car les enjeux sont trop importants pour n’être pris en charge que par le privé.

Martin WincklerNéanmoins, ce qui a suscité ce post, c’est la juxtaposition de deux faits dans l’actualité, un qui dure et s’éternise depuis longtemps, l’exil fiscal de Depardieu, et l’autre, beaucoup plus récent, le déremboursement des pilules de troisième génération.

Qu’y a-t-il comme rapport ? Eh bien tout simplement que dans les deux cas, des gens que je considère comme essentiels ont quitté la France, se sont exilés parce qu’ils ne pouvaient plus vivre comme ils l’entendaient en France, et se sentaient empêchés de faire leur métier correctement en France.

Je ne vais pas m’éterniser ici sur le cas Depardieu, qui est bien parti pour faire la une de tous les journaux pendant un quinquennat, brandi en étendard par l’opposition. Mais je voudrais vous reparler de Marc Zaffran, que vous connaissez sans doute sous son pseudonyme de Martin Winckler. Ce médecin a publié et sur sa page Facebook et sur son site, un article expliquant pourquoi les pilules de troisième et quatrième génération étaient inefficaces. Il a même rappelé que la Diane, largement prescrite, n’avait pas eu d’autorisation de mise sur le marché comme contraceptif, mais fait l’objet d’un forcing de la part de visiteurs médicaux “vous soignez l’acné et donnez une contraception en même temps”.

Le site de Martin Winckler / Marc Zaffran est plein de conseils simples quant à la contraception. Il a un discours clair et pragmatique, il explique “pourquoi, comment, quels sont les risques, quelles sont les options”. Les femmes qui le questionnent et qui suivent ses avis sont en général extrêmement satisfaites, il recommande une contraception simple, à bas prix, il traite ses patientes comme des adultes.

Bref, un médecin de rêve, comme on aimerait en avoir toutes.

Et pourtant ce médecin a choisi, en 2008, de s’exiler au Canada.

Pas pour payer moins d’impôts.

Mais parce qu’il ne pouvait pas enseigner sa vision de la médecine. Invité comme conférencier dans plusieurs universités, il a fait l’objet de pressions, il a vu ses interventions encadrées, ou annulées, “parce qu’on ne dit pas ça”.

Le site web est là, les articles sont datés, ils le prouvent : largement avant l’accident de Marion Larat, ce médecin expliquait en quoi les pilules de 3° et 4° génération étaient dangereuses, inutiles [voir un retour en arrière] et qu’en les prenant on risquait plus de grossesses indésirées. Que pour les femmes qui ne peuvent pas prendre de pilules de seconde génération, il existait d’autres types de contraceptions, comme le DIU, que ces contraceptions bon marché étaient largement utilisées dans d’autres pays, et que les refus des gynécologues de les utiliser étaient plus liés à l’ignorance et au marketing des grands groupes qu’à des risques réels.

Je suis triste pour nous, pour nos médecins, que Marc Zaffran se soit installé au Québec. Et je pense que cet exil est beaucoup plus dommageable pour notre pays que la fuite de quelques exilés fiscaux, dont les impôts sont, en réalité, à la hauteur des comptes de notre pays, négligeables.

Je regrette profondément que ce genre d’exil ne donne pas lieu aux mêmes discussions enflammées dans les journaux que celui de Depardieu. Mais peut-être que les grands patrons de presse, les organisations patronales ont des soucis plus terre-à-terre et immédiats, centrés sur leur compte en banque, que la qualité de l’enseignement médical dans nos universités ?