On a souvent une image assez mauvaise de l’effet placebo : ce serait un « sous médicament« , une substance sans aucune efficacité donnée pour soigner les bobos psychologiques, les somatisations, calmer les hypocondriaques de toute sorte, les anxieux, les spécialistes de la consultation, bref tous ceux qui croient être malades, sans l’être réellement, et ne méritent donc pas un « vrai médicament ».

Les choses sont beaucoup moins simples que cela : l’effet placebo est en réalité présent partout, accompagnant et augmentant l’efficacité des médicaments traditionnels. Il « fonctionne » aussi en chirurgie, et même avec les animaux !

Découverte de l’effet placebo

L’effet placebo est né de l’expérimentation médicale. On cherchait à mesure l’efficacité de certains soins, en ne traitant qu’une partie des malades. L’autre partie reçoit une substance équivalente (goût, couleur), ou le même type de soin, mais sans principe actif.

En théorie, le groupe témoin, celui qui n’a pas reçu le médicament, ne doit voir de guérison, ou alors seulement ce qui correspond à l’évolution naturelle de la maladie (on guérit tout seul de la grippe, heureusement).

L’effet placebo n’a pas été, à proprement parler, « découvert ».

On sait que même dans l’Egypte Antique, des médicaments étaient utilisés alors qu’ils sont, aujourd’hui, identifiés comme des placebos. Mais on ignore si c’était en toute connaissance de cause, de la part des médecins, ou bien si ceux-ci étaient convaincus de l’efficacité de ces herbes.

A la Renaissance, Paracelse parle de l’interaction positive entre le malade et le médecin : ce dernier soigne mieux quand on lui fait confiance ! Et Montaigne parle d’une personne souffrant de coliques néphrétiques (calculs rénaux), qui se faisait régulièrement soigner par des lavements … qui ne contenaient aucun médicament !

Un crâne percé d'aiguilles

Le placebo, tout dans la tête ?
Photo © Dave Nitsche

(Mais les coliques néphrétiques ne peuvent pas être soignées par des lavements : on aborde là le problème complexe de la différence entre ignorance médicale et placebo, d’une part, et charlatanisme et placebo, d’autre part).

C’est plus tard, à la fin du XVIII° siècle que les premières véritables expériences avec des placebos sont faites : d’abord en France, où l’inefficacité des soins magnétiques de Messmer sera prouvée grâce à un groupe témoin, puis aux Etats-Unis.

Le placebo comme preuve de l’ (in)efficacité de certains soins

Pillules brunes répandues

Médicament ou placebo ?

D’autres expériences vont être menées, avec le même objectif : valider ou pas l’efficacité de méthodes thérapeutiques controversées, comme les baguettes de Perkins et surtout l’homéopathie.

Le cas des baguettes de Perkins

Les baguettes de Perkins, ou plutôt, comme les appelait ce médecin américain, les « tracteurs », sont des baguettes faites d’un alliage métallique particulier et breveté, censées guérir de nombreuses maladies par contact avec les nerfs malades, en étant mises sur la peau.

Un autre médecin soigne un groupe de malade avec de simples baguettes en bois, en leur faisant croire qu’il s’agit de tracteurs de Perkins. A l’issue de la cure, quatre malade sur cinq se déclarent guéris, soit la même proportion que ceux traités avec les « vrais » tracteurs.

On conclut alors à l’imposture. Mais c’est la première mise en évidence expérimentale de l’effet placebo.

Trousseau et l’homéopathie

En France, en 1834, Armand Trousseau, un grand médecin qui étudiera, entre autres, la spasmophilie, donne à des patients, au lieu de granules homéopathies, des petites boulettes de mie de pain.

L’effet thérapeutique est équivalent. Armand Trousseau considère avoir démontré l’inefficacité de l’homéopathique, qui sera oubliée pendant quelques dizaines d’années en France.

Importance de l’effet placebo

A partir du moment où il est prouvé que le « rien » peut soigner (presque) autant qu’un médicament, deux problématiques nouvelles surgissent.

Premièrement : comment distinguer l’effet thérapeutique et l’effet placebo ?

Car l’équation bien connue

effet placebo = effet thérapeutique global (c’est à dire amélioration constatée ) – effet spécifique (effet clinique du médicament)

se transforme vite en une équation à deux inconnues, difficile à résoudre.

Une laborantine teste en éprouvette des médicaments

Les protocoles de test de médicaments permettent d’identifier un effet placebo

Si, comme le prouvent certaines études, le fait même de participer à une expérience médicale modifie la perception des symptômes par les malades, on en vient à se demander « ce qui soigne ».

Ou plutôt, on en arrive à reconnaître qu’il y a rarement de soin sans effet placebo.

Même en chirurgie ! où des patients n’ont pas été réellement opérés. Alors qu’ils ont été simplement endormis, et qu’on leur a juste fait une cicatrice, ils disent que leur arthrose s’est améliorée.

Les tests cliniques complexes, avec plusieurs groupes témoins, montrent que, selon les pathologies, l’effet placebo peut expliquer en moyenne 30% des améliorations constatées, avec en réalité des valeurs extrêmement variées, qui vont de 3% à 84 % !

Plus complexe encore, ces écarts de pourcentage ne sont pas réduits quand on regarde une maladie particulière : pour les rhumatismes, par exemple, l’effet placebo a un impact compris entre 14 et 84%, tandis que pour les migraines, il va de 20% à 58%.

On reconnait donc aujourd’hui que l’effet placebo est une composante importante de la thérapie, et qu’il doit être intégré pour garantir la meilleure efficacité des soins. La guérison, c’est d’abord dans la tête !

Mode de fonctionnement

Les conditions de l’effet placebo

Beaucoup de choses semblent entrer en compte dans l’intensité de l’effet placebo :

  • la confiance ou la qualité relationnelle avec la personne qui l’administre
  • la complexité du protocole, un placebo qu’on prend du temps à prendre marche mieux qu’un autre
  • le mode de prise, la piqure serait plus efficace
  • le prix du produit, plus c’est cher plus ça marche (et on rejoint là les problématiques du prix de certains médicaments homéopathiques comme l’oscillococcinum)
  • les attentes, tout simplement, plus on explique à un patient l’effet qui va être produit par un médicament, plus celui-ci le « reconnaît » (et y compris pour les effets secondaires négatifs, on parle alors d’effet nocebo)

Néanmoins, tous ces points, qui sont liés à l’impact psychologique, n’expliquent pas le mode de fonctionnement.

La dopamine, support de l’effet placebo

Une expérience menée par une université américaine semble avoir isolé la dopamine comme agent essentiel de l’effet placebo.

Des scanners IRM faits sur des groupes de patients ont mis en évidence une grosse activité d’une zone spécifique du cerveau, le noyau accumbens, en même temps qu’une sécrétion de dopamine.

Et c’est la même dopamine qui entre en jeu dans la motivation (et dans les modifications liées à l’accoutumance à la drogue).

Un schéma avec le noyau accubens

Coupe du cerveau montrant le circuit de la dopamine

Autrement dit, l’effet placebo rejoint une vérité bien connue des médecins : le meilleur patient est celui qui veut guérir, au point qu’il arrive parfois à se guérir lui-même !

Impact sur les pathologies à long terme

Alors tout serait dans la tête ?

Loin de là.

Des études poussées, sur la durée, permettent de penser que le placebo agit plus sur les symptômes de la pathologie que sur la pathologie elle-même.

Autrement dit, sur le long terme, sur des pathologies ayant une cause mécanique, le placebo ne jouerait que très peu.

En revanche, sur les pathologies qui guérissent « toutes seules » (notre fameuse grippe), le placebo jouerait à fond, la diminution ou la suppression à court terme permettant d’anticiper la perception d’une guérison qui arrive spontanément quelques jours après.

Par ailleurs, sur toutes les pathologies douloureuses, le placebo peut jouer un rôle important : diminuant la perception de la douleur, il permet au patient de se détendre, de souffler, voire même d’abandonner des postures qui rajoutent à sa douleur (cas de la coccygodynie où on cherche à éviter le mal au coccyx en s’asseyant « de travers », ce qui le renforce, en réalité).

Il y a encore de nombreuses pathologies sur lesquelles la médecine ne sait pas parfaitement comment agir, ou des douleurs dont le ressenti est extrêmement variable d’un patient à l’autre. C’est là où – sans aucune connotation péjorative – le mental est essentiel et où le placebo peut être particulièrement utile.

Pour en savoir plus sur le placebo