La fourchette pourrie : une maladie du cheval très fréquente

Le sabot du cheval, à l’état naturel, est « creux », c’est à dire que les bords de la corne, la « paroi » remontent vers l’intérieur du pied, c’est ce qu’on appelle la sole. Au milieu de ce « creux » se trouve la fameuse fourchette. La fourchette est une corne un peu plus molle, qui protège le coussinet. Elle a une forme de V, avec un creux de chaque côté (les lacunes latérales) et un creux au milieu (la lacune médiane).

Schéma du pied du cheval. Vue de face et de dessous

Schéma du pied du cheval.
Licence CC BY SA par Bigomar (Wikimedia Commons)

La fourchette supporte une partie du poids de l’animal, mais ne porte pas aussi fortement sur le sol que les parois du sabot, d’où son aspect plus mou.

Un sabot en bonne santé

Un sabot en bonne santé
Source : Chevalitude

Dans les environnements humides, des bactéries vont s’installer dans les lacunes de la fourchette, et favoriser des infections. C’est le début de la fourchette pourrie.

On reconnait la fourchette pourrie à son aspect et son odeur.

L’aspect : les lacunes noircissent (elles sont normalement blanches), et la corne de la fourchette se délite peu peu. L’odeur ? ça ne sent pas bon, tout simplement.

Au début, la fourchette pourrie ne fera pas souffrir le cheval. C’est juste de la corne molle qui est attaquée, donc il ne sent rien (comme pour vous, un morceau d’ongle qui manque, tant que la chair est correctement protégée, on ne sent rien). En revanche, si on ne soigne pas la fourchette pourrie, elle va s’étendre et peut remonter par l’arrière du sabot. Il y a alors de vrais risques d’infection et d’abcès.

La fourchette pourrie est donc provoquée par une bactérie anaérobie fusobacterium necrophorum, dans un milieu humide. Cette bactérie se trouve dans l’intestin des humains et des animaux. On la trouve donc communément dans les sols, via les déjections animales. Comme toutes les bactéries anaérobiques, notre petite fusobacterium apprécie les environnements sombres, humides… les lacunes !

C’est pourquoi la fourchette pourrie est si fréquente. Si elle est favorisée par un manque d’hygiène et d’entretien, les conditions normales de vie du cheval, surtout l’hiver, où les prés sont plus humides, l’exposent à la bactérie.

Une fourchette pourrie qui dégénère en abcès

Une fourchette pourrie qui dégénère en abcès
Photo Good Horse Products

En revanche, avec des soins préventifs réguliers, elle est très simple à éviter.

La prévention et la guérison de la fourchette pourrie

La première prévention de la fourchette pourrie, c’est une bonne ferrure : la fourchette est alors correctement stimulée et elle a moins tendance à développer des maladies (un pied nu bien paré est aussi possible).

Ensuite il faut des soins réguliers du sabot, avec nettoyage et séchage. Sur un sabot sain, on recommande souvent de mettre du goudron, qui va faire une protection hermétique de la fourchette et des lacunes, et éviter que les champignons s’installent.

Un pied après nettoyage de la pourriture de la fourchette

Un pied sévèrement atteint complètement nettoyé de la fourchette pourrie. Photo Maryanne Gabbani

On peut aussi, plus simplement, mettre de la gaze ou du coton dans les lacunes quand le cheval sort, et les enlever ensuite.

Lorsque la fourchette pourrie est arrivée, il est trop tard pour mettre du goudron : en effet, celui ci enfermerait à l’intérieur les mycoses et les bactéries. Il faut d’abord se débarrasser de la pourriture. Les produits les plus connus sont la liqueur de Vilatte ou un gel bleu « Fouganza » en vente chez Décathlon.

La liqueur de Vilatte est un mélange de sulfate de cuivre, sulfate de zinc, acétate de plomb et vinaigre blanc, en gros une sorte de bouillie bordelaise augmentée. Rien que du produit chimique et agressif ! (et polluant). D’ailleurs, l’acétate de plomb a été interdit à la vente depuis 2011 : la liqueur de Vilatte traditionnelle ne se trouve plus en France (mais des formules sans plomb sont encore possibles).

Le gel Fouganza est un gel hydro alcoolique, c’est à dire que c’est surtout un produit de nettoyage, mais pas un produit de soin.

Enfin, le goudron de Norvège est considéré comme un produit cancérigène.

Heureusement, il existe des solutions naturelles, beaucoup plus douces et tout aussi efficaces (et plus économiques !)

Les différentes préparations à base d’huile essentielle d’arbre à thé

Avec ses propriétés antiseptiques et antifongiques, l’huile essentielle d’arbre à thé est LE produit à utiliser pour soigner la fourchette pourrie.

Différentes recettes existent, en utilisant aussi de l’argile verte, ou de l’huile essentielle de lavande. Voici une sélection de trois des meilleures recettes :

La plus simple : huile essentielle d’arbre à thé et vinaigre de cidre

L’huile essentielle va être diluée dans un mélange pour moitié d’eau et pour moitié de vinaigre de cidre.

Pour un traitement d’entretien, rajouter, selon les conditions (environnement plus ou moins humide) 15 à 20 gouttes d’huile essentielle d’arbre à thé.

Pour un traitement d’attaque d’une pourriture déjà installée, monter jusqu’à 30 gouttes. La pourriture devrait disparaître en sept à dix jours.

Et tout simplement vaporiser sur la fourchette, nettoyée, deux fois par semaine.

La solution préparée va durer entre six et huit semaines.

Pourquoi ça marche ? Le vinaigre de cidre a un pH acide, qui contribue à tuer les bactéries, et complète l’action de l’huile essentielle.

La complète : argile, miel, huile essentielle d’arbre à thé et d’eucalyptus

Cette préparation est à utiliser comme soin, en cas de pourriture déclarée.

Les proportions, pour obtenir un kilo de pâte :

  • argile pour la moitié du contenant
  • eau dans la même proportion
  • cinq cuillères à soupe de miel de thym
  • 30 gouttes d’huile essentielle d’arbre à thé
  • 20 gouttes d’huile essentielle d’eucalyptus citronné

Pourquoi ça marche ? Le mélange de l’argile verte et de miel va donner une pâte grasse et asséchante, qui a l’avantage de bien rentrer dans les lacunes, et d’éviter les cotons ou les bandes de gazes à imbiber de solution. L’huile essentielle d’eucalyptus est elle aussi antibactérienne et antifongique, elle complète l’action de l’huile de tea-tree. Et le thym contenu dans le miel est aussi un puissant anti-bactérien, avec une action vaso-dilatatrice qui va stimuler la fourchette.

La bricolo : miel, thym, thé citron, huile essentielle d’arbre à thé et vinaigre de cidre

On retrouve les mêmes ingrédients que dans les recettes précédentes, avec du miel, le thym (sous forme d’infusion), un sachet de thé au citron (déjà infusé), un mélange d’eau et de vinaigre de cidre, et l’huile essentielle d’arbre à thé.

Pourquoi ça marche ? parce qu’il y a tout ce qu’il faut, un bon petit cocktail désinfectant et assainissant. Parce que c’est fait avec des ingrédients de la vie quotidienne, faciles à trouver.

C’est une solution d’entretien, à pulvériser sur les sabots avant de longues balades, par exemple.