Tout le monde est d’accord, l’ancêtre du savon de Marseille, c’est le savon d’Alep : même apparence, presque les mêmes ingrédients, les mêmes méthodes de fabrication, en tout cas à l’époque artisanale. Ce qui distingue aujourd’hui ces deux savons bios, ce sont les huiles utilisées.

La saponification du savon d'Alep

Cuve de savon d’Alep à la fabrique Al-Joubaili

Le savon d’Alep, un savon très ancien encore fabriqué artisanalement

Le savon d’Alep est encore fabriqué en Syrie, et vendu dans de nombreux pays. Les méthodes sont restées plus artisanales que dans les savonneries françaises.

Il y a peu de choses qui différencient le savon d’Alep du savon de Marseille. Les huiles utilisées sont exclusivement méditerranéennes. L’huile d’olive de deuxième pression à froid utilisée pendant la cuisson est additionnée, à la fin, d’huile de baies de laurier, qu’on appelle aussi beurre de laurier.

Baies de laurier

Baies de laurier (Laurus Nobilis)

Le laurier est connu pour ses propriétés bactéricides, et l’huile de baies de laurier est utilisée dans des onguents traditionnels, contre les rhumatismes et les douleurs de dos (c’est peut-être l’origine de la légende qui prétend qu’un morceau de savon de Marseille dans votre lit vous protège contre les rhumatismes et les crampes ?).

Savons d'Alep

Savons d’Alep

Le savon d’Alep peut être utilisé comme masque pour la peau, ou pour les cheveux (on dit qu’il permet de lutter contre la chute des cheveux). Bien que certains composants du laurier aient été identifiés comme des inhibiteurs du mélanome, il n’est pas un médicament. Simplement, allié à une bonne protection solaire, il permet de renforcer la peau face aux aggressions.

Enfin, dernière qualité importante : le savon d’Alep est un antimite. Il est même utilisé par les Syriens à la place de nos “boules” antimites, et il n’a pas leur odeur désagréable.

Pendant le stockage, en l’absence de soleil, la chlorophylle contenue dans le savon s’oxyde légèrement, et la couleur verte se transforme en une couleur marron. C’est normal, et ce n’est pas un signe de mauvaise qualité du savon.

D’Alep au savon de Marseille

On dit généralement que c’est au XIII° siècle que le savon d’Alep, après une lente traversée de la Méditerranée, passant par l’Italie et l’Espagne (où on fabrique un savon similaire en Castille) il serait enfin arrivé à Marseille, où il change de nom.

Les premières savonneries se créent, les méthodes de fabrication s’affinent, se règlementent avec Colbert, qui publie les premières normes, et fabrication du savon de Marseille. L’invention de la “soude artificielle” en 1791 permettent un développement de type industriel, et la région de Marseille compte une centaine de savonneries.

Savons de Marseille sur un marché de Provence

Savons de Marseille sur un marché de Provence c’est tout joli tout beau !!

Oui mais voilà… Alep, c’est la Syrie, et on y connaît le savon depuis l’Antiquité, depuis la lointaine époque où les Syriens s’appelaient des Phéniciens. Phéniciens qui ont façonné la Méditerranée avec leurs comptoirs commerciaux, dont l’un des plus importants fut Carthage. Si Marseille a été fondée par les Grecs, elle commerçait régulièrement avec Carthage. Alors peut-on croire, véritablement, que le savon des Phéniciens était inconnu à Marseille ?

Simplement, ce savon n’était pas encore un savon dur comme aujourd’hui. Les premiers savons durs ont été fabriqués au VIII° siècle. Ils mettent donc environ cinq cent ans à rejoindre la Provence.

Mais c’est peut-être en souvenir d’une lointaine époque où Marseille commerçait avec les Phéniciens que le savon de Marseille a été si vite adopté.