L’automédication à outrance est un mal bien français, qui pose de nombreux problèmes de santé publique. Entre la simple inefficacité de certains médicaments, les risques d’absorber des molécules qui s’opposent ou de simplement diminuer les effets d’un médicament ou le risque plus grave de la surdose, les risques liés à l’automédication sont nombreux. Or même les médicaments prescrits sur ordonnance peuvent avoir des effets indésirables. Les patients cherchent souvent à renouveler une ordonnance sans retourner voir leur médecin, par économie. C’est pourquoi certains médicaments sont soumis à une réglementation plus lourde, visant à empêcher la vente sans ordonnance.

Un pharmacien présente une boite de stilnox et une boite de générique

Stilnox et Zentiva, deux somnifères à base de zolpidem

C’est le cas du Stilnox et d’autres médicaments basés sur la même molécule (le zolpidem), qui viennent de changer de catégorie : ils sont désormais assimilés à des stupéfiants.

22 millions de boîtes de somnifères à base de Zolpidem sont écoulées tous les ans

Il faut noter que les Français sont parmi les plus importants consommateurs de médicaments, et particulièrement d’anxiolytiques et de somnifères.

Ce phénomène est amplifié par l’automédication qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

En lisant un avis sur le Web, notamment dans les forums qui regroupent de nombreux hypocondriaques,  ou en prenant connaissance de l’expérience d’un proche, les français n’hésitent pas à multiplier les consommations, sans pour autant connaître les désagréments des diverses molécules.

Ainsi, en ce qui concerne le Zolpidem, ce sont près de 22 millions de boîtes qui sont prescrites tous les ans sur le sol français. C’est un nombre impressionnant selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

Or le Zolpidem, « hypnotique », peut déclencher une accoutumance dont il sera difficile de se défaire. Il est en cela assimilable à un stupéfiant, même s’il n’a pas d’effets secondaires hallucinatoires.

C’est pourquoi un décret le soumet désormais en partie à la législation sur les stupéfiants.

L’abus de Stilnox entraîne un changement de classification

Il ne s’agit pas de remettre en cause la molécule et son utilisation.

Correctement prescrit, le Stilnox reste un bon médicament. Tout est dans le « correctement prescrit ». Ainsi, la fiche de la molécule, sur Meddispar, mentionne une durée de prescription maximum de 28 jours sur une ordonnance.

Concrètement, au bout de vingt-huit jours, le patient doit retourner voir son médecin s’il veut continuer la prise de Stilnox. En effet, l’avis d’un médecin est primordial lors de la prise d’un médicament.

A chaque consultation, le médecin doit s’assurer à nouveau de la nécessite de prescrire le somnifère, de l’adéquation des doses, et tenter de vérifier qu’il n’y a pas accoutumance. En particulier dans le cas de somnifères, le médecin peut aussi proposer d’autres choses pour aider son patient à se sentir mieux et à dominer ses angoisses. Les huiles essentielles, la phytothérapie, la relaxation, une meilleure hygiène de vie permettent d’apprivoiser bien des insomnies. Dans des cas plus graves, le recours à une aide psychologique est essentiel.

Rares sont les insomnies qui ont une cause purement physique, et tant qu’on ne s’attaque pas à la source du problème, il est impossible de le régler.

Un puissant somnifère ne peut pas être prescrit sans une ordonnance sécurisée

Il est impossible de penser que des somnifères soient proposés sans une ordonnance et pourtant c’est le cas : des consommateurs réussissent à obtenir des médicaments que ce soit auprès de proches, en achetant en ligne ou, pire, en trafiquant les ordonnances.

Devant la forte consommation de Zolpidem, et l’émergence d’une pharmacodépendance, le législateur a décidé de rendre les ordonnances sécurisées obligatoires. Les pharmaciens ne peuvent plus renouveler eux-même une prescription, désormais strictement limitée à 28 jours. Cela ne touche pas que le Stilnox : d’autres médicaments génériques utilisent la même molécule.

 

Une ordonnance spécifique avec un filigrane pour éviter les photocopies

Dès le mois d’Avril, le médecin devra prescrire le médicament en rédigeant une ordonnance dite sécurisée. L’objectif premier consiste à limiter au maximum les photocopies et les détournements. En effet, certains patients réussissent à avoir des ordonnances de façon frauduleuse, soit, dans le cas de véritables trafics, en utilisant des ordonnanciers volés, soit, plus souvent, en produisant des photocopies de qualité.

C’est ce type de fausses ordonnances contre lequel lutte cet arrêté du 7 Janvier 2017, . En effet, désormais, les ordonnances sécurisées sont obligatoires pour pouvoir acheter du Stilnox, avec l’utilisation d’un filigrane rendant impossible les photocopies d’ordonnances.