Le film de Sophie Robert sur l’autisme a été très fortement attaqué par la communauté médicale française. L’auteur s’est vue menacée de procès, et certains des spécialistes filmés on fait tout ce qu’ils pouvaient pour faire interdire le film.

Le Mur, ou le retard de la compréhension de l’autisme en France

En effet, ce documentaire de 51 minutes, qui peut être visionné sur Dragon Bleu TV , montre une approche purement psychanalytique de l’autisme, qui fait porter toute la responsabilité aux parents, et particulièrement à la mère.

Freud et Lacan

L’affiche du film Le Mur, de Sophie Robert

Alors que les parents d’enfants autistes sont des parents comme les autres (avec la même proportion de couples dysfonctionnels), les spécialistes considèrent le plus souvent – et en tout cas ceux montrés dans le reportage – que l’autisme est purement une maladie mentale. Cette maladie trouverait son origine dans la dépression de la mère, sa mauvaise relation avec son enfant et même le refus de l’apport du père. Les mots utilisés pour la mère « psychogène« , en état de « folie transitoire » ou même « incestueuse » sont effroyablement culpabilisants.

Or cette théorie psychanalytique prouve son échec avec une incapacité profonde à résoudre les problématiques et à aider les enfants autistes à sortir de leur isolement. Dans le même temps, des méthodes comportementalistes sont efficaces.

La piste environnementale

A partir du moment où l’autisme n’est pas un trouble psychiatrique, on commence à rechercher les causes pathologiques.

Des pollutions anciennes comme le plomb sont connues pour être la cause de graves maladies neurologiques. Le saturnisme, surtout quand il touche les foetus ou les jeunes enfants, provoque une dégradation des facultés cognitives et d’apprentissage. L’amiante, certains insecticides, engrais, l’aluminium peuvent jouer un rôle dans la survenue de l’autisme.

Luc Montagnier, lui, propose une piste microbienne, où des bactéries joueraient un rôle dans un organisme déjà fragilisé par les facteurs environnementaux.

La fausse piste du vaccin

Un des facteurs environnementaux mis en cause est la vaccination. Le professeur Wakefield, en Angleterre, a publié en 1998 une étude faisant théoriquement un lien entre vaccination et autisme. Un médecin américain pratiquant la naissance à domicile et le refus de la vaccination indique qu’il n’a quasiment jamais vu d’enfants autistes parmi ceux dont il s’est occupé.

Une main avec une aiguille à vacciner

La vaccination mise en cause induement dans l’autisme

Une grande controverse a suivi sur le rôle des vaccins, qui sert encore aujourd’hui d’arguments aux campagnes anti-vaccination, en mettant en cause un conservateur à base d’ethyl de mercure, le thiomersal. Le thiomersal (ou thimerosal) n’étant plus utilisé dans le vaccins, sans que le nombre de cas d’autisme diminue, cette piste peut aujourd’hui être abandonnée.

La piste génétique

Il semblerait que certains gênes soient impliqués dans l’autisme. De plus, il semble que l’autisme soit parfois « familial » (ce qui justifierait la thèse psychiatrique). Enfin, le fait que les autistes soient beaucoup plus souvent des hommes que des femmes renforce cette hypothèse génétique ou hormonale.

En réalité, même si la plupart des spécialistes reconnaissent une probable origine génétique, l’autisme serait sans doute causé par une combinaison de gênes variés (plus d’un millier), ce qui rend extrêmement difficile leur identification précise.

Les gênes concernés sont ceux qui apparaissent aussi dans le retard mental et dans la schizophrénie. Le code génétique indiquerait donc une prédisposition, qui s’exprimerait d’une façon ou d’une autre en fonction d’autres facteurs.

Le développement foetal

Une femme enceinte fait du yoga

L’autisme causé par une anomalie du placenta ?

Une autre piste est ouverte par une étude qui a analysé les placentas des mères dont les enfants sont devenus autistes, avec une détection précoce. Ces placentas ont une concentration trois fois plus élevée de cellules ayant des inclusions throboplastiques… késako ?

Le throboplaste est une couche cellulaire qui entoure l’oeuf. Elle va se transformer au cours du septième jour de la grossesse, et va permettre la nidation (l’embryon s’accroche à la paroi de l’utérus). Pour cela, le throboplaste libère des enzymes particulières. Il joue un rôle dans la fabrication de l’H.C.G. , l’hormone de la grossesse, et aussi dans la nutrition de l’embryon.

La concentration trop élevée des ces restes de throboplastes à un stade ultérieur de la grossesse pourrait donc indiquer que « quelque chose » n’a pas fonctionné, soit au niveau nutritif, soit au niveau hormonal.

Mais les maladies throboplastiques sont rares et mal connues.

Le sillon temporal et la taille du cerveau

Une hypothèse sérieuse concerne des malformations du cerveau, et en particulier du sillon temporal inférieur et de la zone RTS, qui ressortent différemment lors des IRM. Ces zones sont utilisées pour la représentation mentale, et si elles sont endommagées, elles peuvent expliquer une partie des difficultés des autistes. On a trouvé chez de nombreux autiste un sillon temporal plus court ou moins ouvert.

Homme avec la tête bardée de capteurs, lors d'une expérience

L’imagerie neuronale permet d’améliorer la compréhension de l’autisme

Mais pourquoi ces zones du cerveau seraient-elles endommagées ? Les facteurs environnementaux peuvent avoir joué un rôle, combinés à une prédisposition génétique.

Des chercheurs californiens ont émis une hypothèse liée aux conditions de croissance du cerveau. Ils ont en effet remarqué qu’un certain nombre d’enfants autistes avaient une tête plus petite que la moyenne à la naissance. A l’inverse, au bout de la première année, leur tête dépassait la taille moyenne de celle des autres enfants. Ce développement accéléré pourrait avoir traumatisé le cerveau.

Pas « une cause » mais « des causes »

L’autisme est donc une pathologie dont les causes sont extrêmement complexes. En dehors de la France, l’hypothèse psychiatrique du défaut de la mère est abandonnée, au profit d’une recherche qui peine à isoler les facteurs déterminants.

Pour résumer, on serait autiste parce qu’on aurait une prédisposition génétique et qu’on aurait été exposé à des facteurs environnementaux, microbiens ou polluants, dès la grossesse ou ultérieurement. On naîtrait autiste ou avec un potentiel pour l’autisme, qui se déclarerait ensuite, dans les premiers mois de l’existence.

Il reste à arriver à déterminer les facteurs essentiels…. une tâche difficile, mais indispensable qui permettra un dépistage beaucoup plus précoce et efficace.

Un enfant derrière un verre déformant

L’autisme sépare, c’est une difficulté à percevoir et à communiquer

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