L’idée d’avaler du charbon, même « végétal » n’est pas très ragoutante. Je me souviens, la première fois qu’on m’a incité à avalé une cuillère de cette poudre noire, j’ai éprouvé un sentiment de dégoût, et j’ai eu beaucoup de mal à me décider à avaler. C’est qu’à l’époque, le charbon de Belloc, comme on appelait le charbon végétal, était rarement vendu en gélules. Mais c’était déjà un remède bien connu contre les gaz et les brûlures d’estomac !

Le charbon de Belloc, un remède contre les brûlures d'estomac

Le charbon de Belloc, un remède contre les brûlures d’estomac

Bref, pour faire court, ce n’était pas si mauvais que ça. Totalement insipide, en fait, avec une texture pas très agréable, mais pas non plus répugnante. Et avoir l’intérieur de la bouche noirci par le charbon était plutôt amusant !

Le charbon végétal facilite la digestion

Le charbon fonctionne comme une éponge, et absorbe donc un peu tout ce qui perturbe l’estomac et la digestion.

Il est particulièrement efficace contre les gaz, souvent très douloureux. Il permet aussi de lutter contre la diarrhée. D’une manière générale, il va aider à éliminer des résidus alimentaires qui n’ont pas grand-chose à faire dans notre corps : sa structure est micro-poreuse, lors de son passage dans l’estomac il s’imbibe de nombreux éléments, et les absorbe. C’est ainsi qu’il peut « sécher » l’estomac, et lutter contre les gaz ou la diarrhée.
On l’utilise de la même façon dans les cures de détox.

Un anti-poison universel ?

Il faut rester très prudent quant aux histoires qu’on colporte sur des gens qui auraient absorbé des poisons violents sans dommage, grâce au charbon. Le charbon végétal agit comme un « pansement« , une « éponge« , mais pas un antidote, parce qu’il ne contient pas de principe actif qui peuvent lutter contre un poison.

De plus, son action est purement préventive : une fois le poison absorbé, il commence immédiatement à être digéré et à passer dans le sang, le charbon qu’on avale après pourra peut-être absorber quelques résidus, mais certainement pas la totalité du poison. En revanche, il peut faire obstacle aux réels antidotes.

Enfin, il ne faut pas oublier qu’en absorbant une quantité de charbon végétal suffisante pour bloquer l’absorption d’un poison, on va constituer une sorte de placage interne, dont l’élimination risque de poser de sérieux problèmes, et de conduire à une occlusion intestinale.

En tout cas, la fiche Vidal du Charbon de Belloc ne donne aucune indication d’utilisation comme antidote.

Le charbon connu depuis la plus haute antiquité ?

De la même façon, on trouve sur quelques sites la mention d’une hypothétique utilisation du charbon dès la plus haute antiquité, et notamment en Egypte. Mais cette mention ne se trouve que sur des sites qui vendent du charbon de Belloc, et je n’ai pas pu retrouver aucune autre trace, même en anglais, de cette prétendue histoire ancienne. « Carbosaga« , l’ouvrage de Liliane Pariente, y fait allusion, sans donner réellement de sources. Selon elle, les premières mentions dans les pharmacopées officielles apparaissent à la fin du XVII° siècle. L’usage commence à s’en généraliser au début du XIX° siècle, après les travaux sur les filtres, liés à la révolution industrielle naissante.

Néanmoins, on trouve aussi mention d’un usage traditionnel au Japon, plus comme un combustible de très haute qualité, et pour un usage de filtre dans les bouteilles.

On va donc considérer que le véritable promoteur du charbon végétal est Camille Belloc.

L’invention du docteur Belloc : le charbon végétal

Camille Belloc était un médecin militaire, qui souffrait de graves troubles de l’estomac. Il est guéri par l’utilisation du charbon de peuplier, et décide de généraliser cette pratique, de fabriquer et commercialiser un charbon.Après l’obtention d’un avis favorable de l’Académie des Sciences, il se lance, en 1849, dans la fabrication du charbon qui sera commercialisé sous son nom.

La petite boite fait fureur, se trouve dans les paquetages de l’armée et dans toutes les armoires familiales. Le charbon est l’objet d’un engouement croissant, on l’utilise pour se soigner, et comme pâte à dentifrice, on le mélange à d’autres principes actifs, on va même jusqu’à prôner des injections intra-veineuses pour soigner différentes infections !

La fabrication du charbon végétal activé

L’activation se fait généralement en deux étapes. On part d’un charbon végétal, et on commence par le carboniser à environ 300° C dans un four, pour débarrasser les micro-pores de tous les résidus de matière organique qui les obstruent.

Une fois passée l’étape de carbonisation, on obtient un simple charbon végétal, qui peut déjà être utilisé pour ses vertus thérapeutiques.

L’activation consiste à le recuire, après un traitement visant à le débarrasser de ses derniers micro-organismes : soit avec un mélange de vapeur d’eau et d’azote, et un passage à environ 700°C à 1000° C selon l’équation, soit, lorsqu’on veut obtenir du charbon en poudre, en mélangeant le charbon avec un acide (sulfurique ou phosphorique) et en le chauffant à moins haute température (entre 400°C à 800°C).

A la fin du processus, les pores représentent un tel volume que si on étalait 1 cm3 de charbon végétal en poudre, on couvrirait une surface d’environ 1km², la surface du second arrondissement de Paris !

L’intérêt principal de l’activation est d’augmenter le volume des pores, et donc le pouvoir absorbant du charbon.

Toutes les essences de bois ne sont pas bonnes à être utilisées : on utilise principalement des bois tendres, peupliers, buis, tilleuls, pins, trembles et saules, et aussi la noix de coco.

Informations et sources médicales sur le charbon végétal